Notre compagnie est née de la rencontre de trois Belges venus s’installer au Québec : Isabelle Tincler, Fabrice Taitsch et moi-même qui étions comédiens. Immigrer, c’est comme une deuxième naissance, c’est plus ou moins douloureux et c’est différent pour chacun. Il nous fallait s’intégrer, écouter et comprendre pour pouvoir vivre de notre métier dans ce nouveau pays. Les prises de conscience personnelles de chacun, au travers des projets, font en sorte que Fabrice et Isabelle partent et que d’autres arrivent et s’engagent, comme Marie-Pierre Poirier, comédienne, qui intègre alors la compagnie jusqu’en février 2013.

Le Théâtre L’instant est un «outil» pour nous aider à prendre part aux changements nécessaires de la société dans laquelle nous évoluons en provoquant ainsi des rencontres, des réactions qui nous permettent d’apprendre et de comprendre. Tout comme chacun de nous en fonction de nos activités professionnelles, ou autres, sommes amenés à découvrir et à servir le côté sacré de l’être humain et à participer à ce changement de société. La prise de parole devient donc pour moi un acte politique. Aller au théâtre et faire du théâtre sont des façons de participer à ces changements. Philippe Minyana a écrit «aller au théâtre écouter un texte, c’est salutaire, c’est comme écouter un morceau de musique, ou comme regarder un tableau, ca «lave», ça rend propre et ça peut faire grandir aussi».

Bien que le théâtre soit pris dans un système de production et de consommation, il nous faut trouver des moyens de se rapprocher d’un idéal, lequel serait un endroit de réflexion pour tous et non pas seulement pour une élite bourgeoise ou une élite de la profession artistique. Il nous faut trouver une manière de transmettre à un maximum de gens les paroles de certains auteurs. Les maisons de la culture de Montréal sont d’ailleurs une magnifique manière de rejoindre les gens, ils offrent une grande diversité de spectacles gratuits. Notre «Emma» de Dominique Bréda y a été très bien reçue en novembre et décembre 2011.

Le théâtre, divertissant ou pas, se doit donc d’être engagé pour amener à une plus grande conscience afin de développer cette société dans laquelle nous vivons. Le Théâtre L’instant est sur ce chemin difficile qu’empreinte les jeunes compagnies, pas toujours ou de moins en moins subventionnées, devant se battre avec des gouvernements de droite qui croient de moins en moins à la culture. Ceci relance le débat sur la place et la nécessité de la culture dans nos sociétés!

André-Marie Coudou
Fondateur et directeur artistique du Théâtre L’instant